Taroop & Glabel

Fondé au début de la décennie 90, le collectif Taroop & Glabel s’est fait une spécialité de l’observation amusée — ce qui n’exclut pas critique, et acérée, bien au contraire — du monde qui l’entoure. Ses sujets de prédilection vont d’abord aux vieilles illusions — mais toujours aussi coriaces ! — par où, depuis la nuit des temps, on se voile le réel : fausses gloires, fausses sciences, religions (toujours fausses). Toute une foire, bref, aux vanités. Mais il sait prendre garde, aussi, aux formes nouvelles qu’emprunte aujourd’hui cet éternel penchant qui est en l’homme de s’abuser lui-même et d’abuser son prochain : société de consommation de masse, société des loisirs, société du spectacle ; règne de la publicité, donc, des parcs d‘attractions et du journal télévisé. Tout coïncide ici dans un même éclat de rire, féroce, et pour que vacillent les idoles : la Vierge Marie à Lourdes, à Disneyland ce brave Mickey.
Or, donc, pour mieux faire mouche, partout, pour mieux taper dans le mille, et ce sur tous les fronts, T&G ont développé, au fil des ans, un langage plastique varié, tout à la fois, ainsi que d’une unité ou d’une cohérence remarquables. Cela va de dessins, dont le trait a décidément quelque chose à voir à la caricature, de collages, dans la meilleure tradition du dadaïsme et du situationnisme, jusqu’à ces sculptures-assemblages récentes où se télescopent (autre type de collages si l’on veut) des éléments qu’on croyait en apparence opposés : jouets Mac Do et objets pieux ; crucifix (ou plutôt ce qu’il en reste : un corps), tête de Titi et ventouse de plastique en guise de socle (de celles, plutôt, qu’on utilise d’habitude pour délivrer les tuyaux en tous genres). Cela, pour ne rien dire, encore, des petits poèmes qu’ils composent aussi sur des sujets liés à l’actualité — parfois des aphorismes — ou des livres qu’ils ont publié (aux éditions du Bouquet Final, notamment, leurs éditions maison, ou chez d’autres éditeurs de livres d’artistes).

Diversité de médiums, donc, mais où l’on reconnaît bien, de part en part, la même marque de fabrique. Le collectif Taroop & Glabel s’ingénie ainsi à faire nique à ceux qui voudraient faire de l’art une extension du domaine de la mode : une saison dans les médias et hop ! on passe à autre chose. Tout comme il s’ingénie, aussi, à faire mentir ceux qui voudraient n’y voir qu’un doux délassement, rien d’autre qu’une manière — ultra chic ! — d’améliorer son intérieur. Bien au contraire : il s’agit, dans leurs œuvres, de porter partout l’irrespect, l’inquiétude, le doute. Et l’on n’est jamais bien sûr, soi-même, le spectateur, de ce qu’il faut en penser. On n’est jamais bien sûr, dans le moment où l’on rit, de n’être pas soi-même la cible de ce dont, en blaguant, on voudrait s’excepter.

Une grande sérigraphie, datée de 2005, et publiée chez Semiose éditions, proclame cette maxime, presque un slogan. « Isme : abêtir pour asservir ». Voilà qui résume, en un sens, tout l’enjeu de la lutte, et voilà l’ennemi à nouveau désigné : la bêtise, sous toutes ses formes. La bêtise, oui, au travers de toutes ses manifestations, au travers de ses multiples actualisations. Il s’agit, d’un mot, de faire trou dans ce trop plein d’évidence, dans ce trop plein d’assurance qui sont devenus, plus que jamais, la caractéristique de notre temps. Le triomphe des idéologies. T&G sont la mauvaise conscience d’une époque qui a développé, avec brio, l’art d’éviter le réel. Sa voix criante et riante. Ce n’est pas que ce soit joli, ni reposant, ou édifiant. C’est l’art même. C’est essentiel. Tout simplement.
F.C.

Le lundi sera consacré a l’installation du dispositif et une première rencontre avec l’artiste qui présentera son travail.
Le mardi verra la présentation du travaux des étudiantes et des étudiants ainsi qu’une discussion avec l’artiste autour de l’ébauche des projets pour la semaine.
Le reste de la semaine sera consacré à la préparation d’un rendu et probablement d’un projet éditorial sur la base du travail personnel des étudiantes et étudiants.

Workshop ouvert aux étudiantes et étudiants de 2e, 3e, 4e et 5e année à raison de dix personnes maximum.

Inscriptions auprès du secrétariat pédagogique et/ou auprès de Laurent Prexl.

Sur une invitation de Laurent Prexl, professeur de peinture et performance à la Villa Arson.